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Ecole Baudelaire ; ne les oublions jamais

innauguration de la plaque comémorative en mémoire de la déportation

lundi 1er mai 2006

Il y a soixante ans, avec la complicité active du gouvernement de Vichy, onze mille enfants étaient déportés et assassinés dans l’indifférence générale. Aujourd’hui, nous sommes réunis devant l’école Baudelaire celle de mon enfance pour leur faire un hommage posthume.

La foule est dense, les regards sont graves. Ma gorge se noue, respirer me fait mal. Je pense à mes enfants. Je pense aux enfants qui souffrent en silence Je pense à ces petites victimes de la connerie et de la barbarie humaine. Je pense aux expulsions de notre belle France, aux autres, à ceux qui souffrent du racisme ambiant. La voix grave d’une femme égrène le nom et l’âge des petites victimes, 15 ans, 12 ans, 10 ans. 45 noms d’enfants, victimes innocentes de la barbarie nazie arrachées de cette école vers la déportation et la mort.

Leurs crimes ; être juif.

Les larmes m’inondent le visage. La douleur m’oppresse. Les écoliers sont là, ils écoutent en silence la consigne :

Ne les oublions jamais. Une minute de silence.

Des voix claires chantent un hymne à l’espoir, un à un, les écoliers sortent de l’école un ballon blanc à la main, arrivés au centre de la cour, ils lâchent les ballons. Les regards se lèvent vers un ciel gris taché de 45 ballons blancs qui s’élancent.

Soixante ans après le massacre, dans la cour de l’école Baudelaire, dans l’émotion générale, les âmes des 45 enfants juifs morts dans les camps d’extermination, enveloppées dans leurs linceuls blancs s’élèvent dans le ciel de Paris. Le silence enveloppe la cour pour un ultime hommage.

Certaines des petites âmes ne se sont pas envolées tout de suite, elles se sont réfugiées dans l’arbre. Les autres ont pris leur envol. Les ballons blancs dansaient dans le ciel gris. Une valse d’étiquettes au bout d’une ficelle attachée à un ballon blanc qui ressemblait étrangement au frétillement des spermatozoïdes.

Ils s’envolent vers l’infini, enfin libres.

Ce matin , j’ai vécu le passé le présent et le futur où les espaces temps s’emmêlaient étrangement. Soixante ans après, une petite plaque noire placardée sur une école parisienne a redonné la légitimité d’être.

Ne les oublions jamais.

Annie STANSAL

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